En l’honneur de la Journée internationale de la femme :Résistons à la tendance générale de blâmer la victime

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Les médias ne cessent de rapporter des cas de piratage de cellulaires et de comptes Internet de femmes et de filles dans le but de voler des photos d’elles nues et de les distribuer. Et, très malheureusement, les vieux discours sexistes semblent prévaloir comme avant.

S’ajoute à cela la liste des femmes qui trouvent le courage de parler de l’agression qu’elles ont subie dans leur relation intime ou lors d’un rendez-vous amoureux, mais qui restent convaincues qu’elles sont en partie à blâmer ou qui appréhendent une telle accusation #AgressionNonDénoncée.

Et que dire des milliers de jeunes filles et de femmes autochtones disparues au Canada, où le racisme rencontre le sexisme, alimentant la tendance au blâme et au jugement que l’on porte sur ces femmes en disant qu’elles se sont « embarquées d’elles-mêmes » dans une situation qui « de toute évidence » était dangereuse. (http://www.macleans.ca/news/canada/welcome-to-winnipeg-where-canadas-racism-problem-is-at-its-worst/. En anglais seulement.).

« Après tout », dit-on, « si ces femmes n’avaient pas pris de photos ou n’étaient pas allées à leur rendez-vous amoureux ou étaient restées tout bonnement à la maison, elles n’auraient pas été agressées. »

Il semble que nous ayons une propension à blâmer la victime – nous croyons que les femmes sont responsables de ce qui leur arrive. En vérité, malgré toutes les mesures de sécurité prises par les femmes, on trouvera le moyen de les blâmer quand même si elles se font agresser.

Aujourd’hui, en l’honneur de la Journée internationale de la femme, renversons la vapeur en clamant haut et fort :

· Les individus qui piratent et distribuent les photos, ceux qui agressent sexuellement les autres, ceux qui kidnappent des gens aux fins d’exploitation sexuelle sont ceux que l’on doit tenir responsables.

· Les personnes qui blessent les filles et les femmes et qui les forcent à faire des choses contre leur gré sont responsables de leurs gestes et de leurs décisions.

Dans nos ateliers et dans nos ressources, y compris dans la campagne en ligne du COPA Ça commence avec toi. Ça reste avec lui., nous nous opposons explicitement à la notion de blâmer la victime. Nous le faisons en érodant la perception sociale de ce phénomène. Historiquement, on a enseigné aux personnes qui s’identifient comme femmes de se protéger en évitant certaines situations ou en agissant d’une certaine manière. Les règles de ces « formes de prévention traditionnelles » sont abondantes. Il suffit de penser à la liste des choses à faire et à ne pas faire que l’on impose aux femmes pour constater à quel point elles sont contradictoires, restrictives et injustes!

Par exemple, nous disons aux femmes de ne pas porter de vêtements sexy pour éviter d’être agressées sexuellement. Du même souffle, tous les jours, on bombarde les filles et les femmes de messages qui les incitent à se soucier de leur beauté et de leur pouvoir de séduction si elles veulent être désirables et acceptées.

Si les femmes ne suivent pas ces règles ou si elles ne font pas tout ce qu’elles sont censées faire pour prévenir la violence à leur égard, alors – selon le mythe – elles l’ont cherché. C’est pourquoi rongées par la honte et le blâme de nombreuses femmes violentées gardent ce secret traumatisant. N’est-il pas ironique de blâmer la personne qui s’est fait agresser et de la tenir responsable d’une décision prise par un individu d’agir avec violence? En outre, si elles suivent ces règles, elles s’embarquent dans une chasse effrénée et futile pour tenter d’assurer leur sécurité. Ces règles ne fonctionnent pas. De nombreuses filles et femmes les suivent à la lettre et se font quand même agresser.

En tant que société, tant sur le plan collectif qu’individuel, il est crucial que nous changions le statu quo. Pour ce faire, il est nécessaire de développer des attitudes, des croyances et des structures systémiques et sociétales qui soutiennent les droits des femmes et qui font la promotion de l’équité pour toutes les filles et les femmes. Un changement profond, viable et positif est alors du domaine du possible.

Tous les hommes ont un rôle important à jouer pour y arriver. La campagne Ça commence avec toi. Ça reste avec lui. propose aux hommes une multitude d’outils et de stratégies pour les aider à devenir les alliés des femmes, de les soutenir et de favoriser leur autonomisation.

Voici quelques-unes des croyances du COPA à analyser en cette Journée internationale de la femme :

- Si nous sommes la cible de violence ou d’agression – nos droits ont été violés. Une personne n’est jamais responsable de la violence dont elle est la cible. Un point, c’est tout.

- Tout le monde a le droit de vivre dans la sécurité, la force et la liberté. Toutes les filles, toutes les femmes – tout le monde. Toute personne a le droit d’être forte – de s’affirmer, verbalement et physiquement et de bien d’autres façons – et de soutenir les autres qui veulent le faire.

-  Faisons une place aux filles et aux femmes pour qu’elles puissent se servir de leurs propres stratégies et s’affirmer à leur manière. Après tout, les gens sont à l’aise de faire différentes choses à des moments différents et dans différents types de relations. Personne n’est en mesure de juger si la stratégie choisie est bonne ou mauvaise.  Parfois, une fille ou une femme peut avoir tout simplement trop peur de faire la moindre chose. Les hommes peuvent se montrer les alliés des filles et des femmes en respectant pleinement les choix qu’elles font.

- Reconnaissons et véhiculons le fait que nous avons la responsabilité individuelle et collective de prévenir les agressions en éliminant le déséquilibre du pouvoir qui perpétue la violence dans nos familles, nos vies sociales, nos lieux de travail et nos collectivités. Advenant une agression, nous avons aussi la responsabilité d’aider la personne à guérir, de lui offrir notre soutien et notre empathie et de contribuer à réparer les torts causés.

Les hommes qui assument leur rôle d’alliés et toutes les personnes qui luttent en faveur de l’équité devraient se prononcer clairement contre le blâme et honorer la capacité des filles et des femmes. Dénonçons les points de vue sexistes, aussi subtils soient-ils. Soyons des agents du changement.

Nous vous invitons à prendre connaissance de la campagne Ça commence avec toi. Ça reste avec lui. ainsi que de tous les programmes, stratégies et ressources du COPA pour solidifier votre engagement à la justice sociale et à l’équité pour toutes et tous.

La campagne « Ça commence avec toi. Ça reste avec lui. » incite les hommes qui prennent part à l’éducation des enfants à agir comme modèles accessibles et à donner l’exemple d’une masculinité positive aux enfants, notamment aux garçons. Dans le site Web de la campagne, vous trouverez une panoplie de stratégies, d’information et de pistes qui permettent d’aider les enfants à forger des relations saines et égalitaires. Visitez www.cacommenceavectoi.ca.

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