LE 6 DÉCEMBRE : COMPRENDRE POUR PRÉVENIR

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Depuis le 6 décembre 1989, une série d’événements tragiques a intensifié l’horreur et le choc engendrés par le massacre de 14 femmes à l’École polytechnique de Montréal.  Pensons aux fusillades de Columbine et d’Isla Vista aux États-Unis, du Collège Dawson à Montréal et de Taber, en Alberta, pour n’en nommer que quelques-unes. 

Est-il logique d’étiqueter ce type de tragédie extrême comme étant un « problème social »? Est-ce que le féminisme peut nous aider à mieux comprendre ce phénomène? 

L’invisibilité chronique de certains faits criants sur ces massacres dans les médias saute aux yeux. On ne souligne que très rarement que les tueurs sont en majorité des hommes blancs (souvent très jeunes) et que dans plusieurs cas les victimes sont des femmes ou des filles. 

On constate que le public a une curiosité presque macabre - Qui est l’homme qui a posé ce geste? Quelles sont ses motivations? Quel type de parents, de famille, d’environnement, d’expériences a pu créer un tel monstre? On cherche à blâmer la famille, les écoles, les médias, la mère, les enfants à l’école qui l’ont intimidé… sans réfléchir à notre société ou la remettre en question.   

Ces massacres ont des racines sociales : une culture qui glorifie la violence masculine et dévalorise l’empathie; une société qui divise les hommes en deux catégories : « les gagnants » et « les perdants » - et qui promet des privilèges énormes aux « gagnants ». Une société qui se moque des garçons et des jeunes hommes qui démontrent une sensibilité « féminine », qui sont peut-être moins agiles, moins riches, moins agressifs, moins grands, moins forts, moins « masculins ». Il n’est donc pas étonnant que ces tueurs choisissent souvent comme cibles les femmes et les filles, car notre société dévalorise tout ce qui est féminin et encourage la soumission des femmes.

Selon Paul Kivel (paulkivel.com), visionnaire et activiste en matière de prévention de la violence faite aux femmes et aux enfants, les jeunes hommes apprennent très tôt qui va  « gagner » et qui va « perdre » dans la vie.  Ceux qui se rendent compte qu’ils sont perdants – qui perdent le contrôle ou qui n’ont aucun pouvoir sur personne et sur rien – bouillonnent de rage et se sentent aliénés.  Kivel n’est pas étonné de voir qu’il y a tant de jeunes hommes qui adoptent une vie violente. Et quelle est notre réaction, demande-t-il? Nous les rejetons, nous les expulsons de l’école, de la maison, du travail, nous nous éloignons d’eux en les plaçant dans des institutions et nous espérons qu’ils disparaîtront.  

M. Kivel nous incite à aller les chercher, à les encourager et à les amener à assumer la responsabilité de leurs gestes, tout en leur montrant des images et en leur présentant des modèles d’entraide, de concertation, de coopération, de collaboration, de justice sociale, d’empathie et d’amour. 

L’analyse de Paul Kivel nous semble tellement pertinente — le désespoir, la rage, la haine démontrés par des jeunes qui ont été élevés avec l’espoir du privilège masculin et blanc et qui se sentent exclus du cercle privilégié, qui ont subi de l’agression, de l’intimidation, de l’agression sexuelle et de l’exclusion dans une société qui valorise et renforce seulement ceux qui ont du pouvoir. Des garçons et jeunes hommes qui poursuivent l’illusion d’une masculinité irréaliste, destructrice et impossible à atteindre, car on n’est jamais assez dur, assez fort, ni assez puissant. Personne ne peut contrôler tout, tout le temps. 

Au fond, briser le cycle de la violence requiert la promotion des droits de chacune et chacun par la création d’une société équitable. On prend un petit pas vers ce but lorsqu’on remet en question des règles rigides fondées sur le genre. Notre société a mille et une façons d’imposer ces règles : se moquer des démonstrations de tendresse, de sensibilité, d’amitié et d’intimité de la part des garçons et des hommes, et entre eux; négliger le développement des capacités nécessaires pour créer des relations saines et égalitaires; réprimer chez les garçons l’écoute de leurs sentiments et de leur instinct. En somme, décourager tout ce qui est perçu comme étant « féminin ».

En solidarité avec le mouvement féministe contre la violence, il est possible d’envisager une autre voie – une voie qui vise à créer des liens de confiance avec les garçons et les jeunes hommes par le respect, la solidarité, la responsabilité, la compassion et la tendresse. Il est crucial de s’appuyer sur une base essentielle, soit le droit de toutes et de tous de vivre dans la sécurité, la force et la liberté.

La campagne Ça commence avec toi. Ça reste avec lui! ouvre la discussion et offre des pistes et des outils permettant aux hommes franco-ontariens de contribuer à changer les choses au sein de leur collectivité.  Participez à cacommenceavectoi.ca et à #16jours.

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