RÊVES ET RÉFLEXIONS : PATRICK SEAMONT

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Nous sommes très heureux de vous présenter la deuxième publication de notre série d’entretiens Rêves et réflexions dans le cadre de la campagne « Ça commence avec toi. Ça reste avec lui. ». Chaque mois, nous choisissons un homme qui est un leader dans sa collectivité en matière de lutte contre la violence faite aux femmes. Nous vous transmettons ses idées et ses réflexions sur la masculinité, le genre, le rôle de « modèle accessible » pour les jeunes, et sur ce que les hommes peuvent faire pour établir des relations saines et égalitaires. Pour le mois d’octobre, nous vous transmettons les pensées de Patrick Seamont, directeur de l’école publique Saint-Joseph, à Penetanguishene.

Quelles occasions avez-vous dans votre vie personnelle ou professionnelle d’agir comme modèle accessible auprès des jeunes?

Souvent la direction d’école c’est une personne sévère qui donne des conséquences, mais ici ce n’est pas le cas. On n’est pas là pour dire une chose et faire une autre chose. On agit comme modèle, parce que nous avons les mêmes attentes pour les élèves que nous avons de nous-mêmes. J’apprends à connaitre mes élèves et ils apprennent à me connaitre. Ma première tâche quand j’entre à l’école est de faire un tour et de saluer tous les gens dans la cour—pour bien débuter le jour, pour commencer sur un ton positif.  Aussi je permets aux élèves d’avoir accès à moi. Alors si les élèves ont des préoccupations, ils peuvent venir à moi directement et dire   « Monsieur, est-ce qu’on pourrait parler? » Des fois les journées sont très occupées, mais je me rends disponible et, lorsque ce n’est pas possible, je fais un suivi avec les élèves le plus rapidement possible.

La Semaine nationale de la famille est au début d’octobre. Pouvez-vous nous parler d’une personne qui vous a marqué quand vous étiez jeune?  Quels étaient ses qualités et son caractère?

En secondaire 1, j’ai eu une enseignante de mathématiques qui s’appelait Mme Jolette. Elle était une dame qui avait une bonne discipline et gestion de classe—et moi j’étais un bon vivant, disons. J’aimais m’amuser et le travail m’intéressait moins.  À un moment donné, elle m’a pris de côté pour me parler. Entre autres, elle a dit qu’elle croit en mes capacités et elle a pris le temps de m’expliquer l’importance du travail. À la fin de la rencontre, elle m’a dit : « Je n’ai jamais eu de petit garçon, mais si j’en avais eu un, j’aurais aimé qu’il ait ton enthousiasme et ta joie de vivre ». Sa confiance en moi m’a toujours marqué. Elle était importante parce qu’elle m’a donné confiance en moi et elle m’a mis sur le bon chemin dans mon travail à l’école. Elle a pris le temps juste de me parler. Ce n’était pas des critiques, des conséquences ou de la discipline. C’est son écoute active et le fait qu’elle s’est investie en moi qui a fait en sorte que c’était encourageant pour moi.

Qu’est-ce que donner l’exemple de relations saines et égalitaires signifie pour vous? Comment donnez-vous l’exemple de relations saines avec les femmes de votre école ou de la maison chaque jour?

Dans ma vie personnelle avec ma conjointe, c’est un partage.  On prend le temps de considérer les idées et les opinions de l’autre et on décide ensemble. À l’école, ça se transfère comme étant une façon d’agir. Je prends le temps de m’intéresser aux activités des filles, à ce qu’elles font, en leur parlant d’une façon respectueuse, et c’est là qu’on fait notre modelage, parce que les garçons autour voient qu’on peut établir des relations saines et respectueuses. Plusieurs enfants n’ont pas un modèle masculin dans leur vie, donc c’est important que ces élèves-là puissent voir la façon dont on agit, c’est-à-dire avec respect et courtoisie.

Quels conseils auriez-vous à donner aux autres hommes qui veulent faire cesser la violence faite aux femmes et qui veulent bâtir des relations saines et égalitaires, mais qui ne savent pas par où commencer ou comment s’y prendre?

Il faut prendre le temps d’écouter et de s’engager. Malheureusement, souvent on réagit de manière émotive et ce n’est pas toujours réfléchi, donc on doit prendre un petit recul et se demander : « Est-ce que je fais la bonne chose? Quel impact mes paroles et mes actions vont avoir sur les autres? Est-ce qu’elles vont avoir un effet positif ou négatif? » C’est important de penser aux conséquences de ce que l’on fait et de ce que l’on dit, et quand on n’est pas en mesure de contrôler nos émotions, il faut avoir un mécanisme en place. Par exemple, aller prendre une marche, regarder la télé ou faire une autre activité. Quand on a repris son calme, là on peut revenir et essayer de contribuer. C’est très difficile, mais il faut avoir des mécanismes de contrôle et de gestion personnelle pour être capable de limiter notre impact quand on est émotif ou fâché.

Quelle est votre vision d’avenir?  À quoi ressemble un monde (ou une école) sans violence faite aux femmes et sans sexisme?

Qu’est-ce que je peux voir dans une école et un monde sans violence et sans sexisme? Je peux voir une égalité, où les gens ont les mêmes opportunités et les mêmes occasions de réussir. Je ne crois pas à l’idée que certaines activités sont juste pour les hommes ou juste pour les femmes. Il faut créer les mêmes occasions pour tout le monde. Les femmes devraient avoir l’occasion de réussir et de développer leur plein potentiel dans tous les domaines. Donc, ma vision est d’une école et d’un monde sécuritaire, où tout le monde est égal et a le même accès au bonheur.